add share buttonsSoftshare button powered by web designing, website development company in India
Agriculture: Moussa Baldé renforce la polémique….

Agriculture: Moussa Baldé renforce la polémique….

Invité à clarifier le débat, en donnant les superficies effectivement emblavées et le rendement à l’hectare pour certaines variétés comme l’arachide, le ministre de l’Agriculture verse dans les généralités et renforce la polémique. Accroché à la fin de la rencontre pour lui rappeler la question, il nous a renvoyés vers un collaborateur qui n’a pas réagi à nos sollicitations.

C’est une question cruciale. Elément moteur de la croissance du produit intérieur brut au Sénégal, la production agricole fait l’objet de vives controverses, particulièrement cette année, avec des acteurs-clés du secteur qui remettent sérieusement en cause les chiffres du ministère en charge de l’agriculture. Deux arguments sont principalement mis sur la table pour démolir les chiffres officiels. Il s’agit de la superficie totale emblavée et du rendement à l’hectare.

Ancien conseiller du président Abdou Diouf en développement rural, ancien PDG de la Sodagri, l’ingénieur agronome Amadou Tidiane Wane se veut on ne peut plus précis. ‘’D’abord, il faut savoir que le rendement annuel pour l’arachide est de 800 kg/ha. Pour le mil, 600 kg/ha et 3 t/ha pour le riz paddy. Et si l’on se base sur ces chiffres, je ne vois pas où on peut trouver, au Sénégal, les superficies nécessaires pour la réalisation de ces chiffres. Ce n’est pas possible. Je défie quiconque de le démontrer’’. Et de préciser, à propos de l’arachide : ‘’Ces chiffres sont tous fantaisistes. A moins que la recherche ait trouvé une variété miraculeuse qui, au lieu de 800 kg, va permettre de faire 1,5 à 1,6 t à l’hectare. Et cela ne se fait pas en une ou deux ans. L’amélioration génétique, ça prend des années.’’

Face à la presse hier, le ministre a été interpellé sur toute cette controverse. Il lui a ainsi été demandé quelle est la superficie totale emblavée pour l’année écoulée et le rendement à l’hectare pour les principales variétés. A ces deux questions bien précises, le ministre rappelle par des généralités. Convoquant ses chiffres définitifs pour toutes les variétés, il déclare : ‘’Ces résultats, ils ont été validés lors de la réunion régionale de prévention et de gestion des crises alimentaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest, réunie le 1er avril dernier.’’

A ceux qui invoquent des rapports américains pour contester les chiffres officiels, il dira avoir reçu une réaction des services américains sur la question. Laquelle fait état d’une évolution et des chiffres qui ne seraient pas loin de ceux donnés par l’Etat du Sénégal.

Accroché à la fin du face-à-face pour lui rappeler la question sur les superficies emblavées et le rendement à l’hectare retenu pour se retrouver avec de telles quantités. Il rétorque : ‘’Oui, je sais. Mais pour ces chiffres, il faut vous rapprocher de M. Mendy…’’ ‘’EnQuête’’ a essayé d’entrer en contact avec ce numéro, mais en vain. Aucune suite ne sera non plus donnée au SMS qui lui a été adressé.

Du coup, la polémique se poursuit autour des statistiques fournies par le département de l’Agriculture. 

Selon ces chiffres, pour la campagne 2020-2021, le Sénégal a fait 1 349 723 t de riz paddy, 1 144 755 t de mil, 377 755 t pour le sorgho, 6 761 t de fonio et 761 883 t pour le maïs. Au total, le pays a fait 3 640 445 t de céréales, soit une hausse de plus de 47 % par rapport à la moyenne de ces cinq dernières années.

Pour ce qui est des cultures industrielles, l’Etat fait état de plus de 1,900 million de tonnes. Rien que pour l’arachide, la production de cette année a finalement été fixée à 1 797 486 t, contre 253 897 t pour le niébé, 36 110 t pour le sésame, 1 346 474 t pour le manioc, 20 163 t pour le coton, 1 677 476 t pour la pastèque.

L’ancien PDG de la Sodagri en rit sous cape et défie encore les techniciens du ministère. ‘’Il faut vraiment qu’ils arrêtent de dire n’importe quoi au président. Moi, pour clarifier ce débat une bonne fois pour toutes, je leur demande un débat public. Ils ne peuvent pas justifier ces chiffres…’’.

Prenant exemple sur les céréales, l’agronome explique : ‘’Au Sénégal, on consomme 104 kilos de céréales par an et par personne. Donc, il faut multiplier 104 kg par 16 millions d’habitants pour avoir la quantité annuelle que nous consommons. Faites le calcul : cela voudrait dire que le Sénégal est non seulement autosuffisant en céréales, mais exportateur net de céréales. Ce qui est absolument faux ! On est ni autosuffisant ni exportateur. Notre importation en riz en est la plus parfaite illustration.’’

Et de préciser : ‘’Pour le riz, il faut enlever 30 % du paddy pour avoir la céréale consommable. Pour les autres céréales, il faut enlever 20 %. En résumé, il faut donc enlever en moyenne 25 % sur la production totale pour avoir la quantité nette consommable. Si vous faites le calcul, vous vous rendrez compte que c’est bien moins que nos besoins en céréales.’’

Mais ces critiques n’entament nullement la volonté des autorités de tutelle à aller de l’avant. Pour le ministre de l’Agriculture, pour la prochaine campagne, l’objectif est de faire 4 millions de céréales et 2 millions pour les cultures industrielles. Avec plus de 3,600 millions de céréales, a-t-il précisé, le Sénégal est parvenu à une couverture d’environ 90 % de ses besoins en céréales.

Mais, s’empresse-t-il d’ajouter pour répondre aux détracteurs de l’objectif d’autosuffisance alimentaire : ‘’Il ne faut pas perdre de vue que la population augmentant dans le même temps, la demande, aussi, augmente.’’

L’avenir des huileries en question

Sur un autre registre, il a aussi largement été question de la campagne de commercialisation de l’arachide. Là également, la polémique sur les chiffres revient. Selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, pour la présente campagne, il a été collecté 721 386 t en 143 jours, pour un montant de 216 milliards F CFA. Soit une hausse de 30 % par rapport à l’année dernière. Encore une fois, les exportations caracolent en tête avec 518 763 t, pour un montant de 155 milliards F CFA. Viennent ensuite les semences avec 105 933 t pour 31 milliards F CFA et enfin les huiliers qui se tailleraient cette année 96 690 t pour une enveloppe globale de 30 milliards F CFA.

Dans le détail, la Sonacos s’est retrouvé avec 67 242, Copeol avec 18 686 t, SSI avec 7 128 t et West Afri Oil avec 3 634 t d’arachides. 

Le ministre Moussa Baldé estime qu’il y a bel et bien des raisons d’être satisfaits. ‘’Si on regarde l’évolution de la commercialisation, souligne-t-il, on verra que la moyenne de la collecte est autour de 35-40 % et exceptionnellement 50 %. Nous sommes en 2021 et elle ne peut échapper à la règle statistique. J’avais dit que je m’attendais à une collecte entre 40 et 50 %. Nous nous attendions aussi à des revenus se situant entre 180 et 225 milliards. Finalement, on s’est retrouvé avec une collecte de plus de 40 % pour 216 milliards F CFA pour le monde rural’’.

A ceux qui reprochent à l’Etat de favoriser les Chinois au détriment de l’industrie locale, il répond : ‘’Cette année, nous avons même bloqué les Chinois, du 23 novembre au 31 décembre, pour permettre aux nationaux d’avoir une avance. Il a aussi été rendue effective la taxe sur la graine d’arachide qui a rapporté plus de 9 milliards au Trésor. Pour rappel, la campagne 2018 avait coûté 12 milliards au Trésor sénégalais. Il y a quand même des gens qui disent que la campagne est un échec.’’  

Revenant sur la situation de la Sonacos qui serait loin de ses pleines capacités, selon beaucoup de spécialistes, le ministre affirme : ‘’La Sonacos est en train de tout faire pour s’adapter à la nouvelle réalité de commercialisation de l’arachide où on a un marché énorme qu’est la Chine.’’

Mais, à en croire Amadou Tidiane Wane, le gouvernement manque de façon criarde d’ambition. En effet, souligne l’ancien PDG de la Sodagri, les huileries de la Sonacos ont une capacité installée de 920 000 t. ‘’Avec moins de 70 000 t, la Sonacos n’est même pas à 10 % de ses capacités. Rien que Lesieur-Dakar peut aller jusqu’à 210 000 t à triturer. Avec cette quantité, on ne peut être rentable, car le coût de production sera très élevé. Et puis, imaginez : c’est combien de personnes en chômage technique ? C’est pourquoi je dis qu’on manque d’ambition’’.

Enquête plus

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.