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Au Brésil, la police militaire entre devoir de réserve et soutien inconditionnel à Jair Bolsonaro

Au Brésil, la police militaire entre devoir de réserve et soutien inconditionnel à Jair Bolsonaro

Les commémorations de l’indépendance du Brésil seront-elles le prétexte à un nouveau bras de fer entre le président Jair Bolsonaro et les institutions démocratiques du pays ? La participation de nombreux policiers militaires à des manifestations de soutien au président brésilien, défiant ouvertement l’ordre constitutionnel, fait polémique. À un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, la force de police la plus importante du pays fait ressurgir les fantômes de la dictature.

Des colonels appelant les vétérans à « combattre le communisme » et à « aider » le président. Des partages, des likes, des commentaires… Sur Twitter, Facebook ou encore Instagram, pas moins de 27 % des policiers militaires brésiliens interagissent avec des profils qualifiés de « bolsonaristes radicaux », selon une étude publiée début septembre par le Forum brésilien de la sécurité publique. Un radicalisme défini par ce rapport comme l’ensemble des profils de fans et militants en faveur du président Jair Bolsonaro et de sa vision du monde, qui remet en question le jeu politique et les institutions à la base de la démocratie.

Selon cette même étude, en 2021, l’adhésion au « bolsonarisme radical » aurait augmenté sur les réseaux sociaux de 29 % au sein de la police militaire. Des discours antidémocratiques qui appellent notamment à l’emprisonnement des juges de la Cour suprême ou à la fermeture du Congrès, comme l’a fait lui-même le président d’extrême droite à de nombreuses reprises.

« On empêche le président de gouverner »

Ce mouvement ne s’arrête pas aux réseaux sociaux. A São Paulo, où se sont déroulées les principales manifestations nationales, les mouvements pro-Bolsonaro comptent de nombreux policiers militaires. L’adhésion est difficile à chiffrer, car le règlement de la police militaire de cet État interdit aux policiers actifs de prendre part à des manifestations à caractère politique. Ces derniers restent donc discrets. Mais dans plus de dix villes de la périphérie ouest de São Paulo, citoyens lambdas et policiers militaires organisent ensemble leur participation à la manifestation qui doit se tenir le 7 septembre – jour de la fête nationale, qui célèbre l’indépendance du pays – et à laquelle le président doit prendre part.

Plus de 100 cars ont déjà été réservés afin de transporter quelque 400 personnes, selon une femme de policier militaire organisatrice du mouvement à Campinas, à 100 km de São Paulo. Des informations qu’elle donne dans l’anonymat, craignant des représailles contre son époux.

Figure majeure de la mobilisation locale, le major Jaime, policier militaire de réserve, est aussi conseiller municipal conservateur de la ville de Campinas. « J’ai appelé les gens à participer à ces manifestations, bien sûr », explique-t-il, insistant sur l’urgence d’une lutte « pour soutenir le président et son gouvernement, dont les résultats sont bons, mais qui se trouvent aujourd’hui empêchés de gouverner ».

Un discours qui fait écho à celui du président Jair Bolsonaro. Depuis plusieurs semaines, le chef de l’État brésilien appelle ses sympathisants à descendre dans la rue pour « exiger la liberté », pour défendre le pays « étouffé par une minorité ». Derrière ce discours obscur, le président et ses soutiens dénoncent les entraves du pouvoir judiciaire et les restrictions du droit à la libre expression pour les conservateurs du pays – une allusion, notamment, aux nombreuses investigations en cours visant Jair Bolsonaro.

Promesses de sanctions

À la veille de rassemblements annoncés massifs, les gouverneurs des État brésiliens se sont positionnés : au moins 8 des 26 États promettent des sanctions envers les policiers militaires qui participeront aux mouvements pro-Bolsonaro du 7 septembre. Car la police militaire brésilienne, la plus meurtrière au monde, dépend du gouvernement de chaque État brésilien, et non du pouvoir fédéral. Cette institution chargée du maintien de l’ordre et de la sécurité publique ne rend par ailleurs aucun compte à la justice civile.

À Brasilia, la capitale, des procureurs et un juge militaire ont pris des mesures pour empêcher la participation de membres actifs de la corporation. Le parquet du District fédéral exige que les hommes en repos soient consignés dans leur casernes entre le 6 et le 8 septembre. Ces mesures irritent le président : trois jours avant les manifestations du 7 septembre, Jair Bolsonaro a réitéré son souhait de voir les militaires actifs se joindre aux rassemblements, défiant publiquement les gouverneurs des États.

À São Paulo, João Doria, gouverneur de l’État et aujourd’hui grand opposant du président Jair Bolsonaro, affirme qu’il ne tolérera aucune politisation des forces armées. Fin août, il a démis de ses fonctions le colonel Aleksander Lacerda, à la tête de sept bataillons et 5 000 hommes, pour avoir appelé ses « amis » policiers militaires à manifester en soutien à Jair Bolsonaro, par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Un cas isolé, selon le colonel Alvaro Batista Camilo, secrétaire général de la police militaire de São Paulo : « Il est vrai que nombre de nos hommes sont sympathisants du gouvernement mais nous ne remarquons pas de radicalisation. »

Menaces de coup d’État

Guaracy Mingardi, criminologue et membre du Forum brésilien de la sécurité publique, admet que les sanctions internes à l’institution fonctionnent : « Les militaires actifs savent que leur participation représente un attentat contre la démocratie et redoutent les répercussions au sein même de la police militaire », telles que des conseils de discipline pouvant mener à d’éventuelles suspensions. Mais ce spécialiste de la sécurité publique s’inquiète aussi depuis deux ans des possibles conséquences de la radicalisation de la police militaire pour l’élection présidentielle de 2022.

Depuis son arrivée au pouvoir début 2018, le président Jair Bolsonaro a permis une présence militaire inégalée au sein du gouvernement et de l’administration – toutes forces armées confondues. Plus de 6 000 militaires assument aujourd’hui de hautes responsabilités dans des ministères, des agences fédérales ou encore des entreprises publiques. Bien qu’en partie rejeté par l’élite militaire, le président d’extrême droite ne cesse de menacer d’agir « en dehors de la Constitution », alimentant ainsi des rumeurs de coup d’État.

Début août, en pleine crise avec les institutions judiciaires de son pays, le président Bolsonaro été jusqu’à faire défiler chars d’assaut et blindés de l’armée devant le Parlement. Une première depuis le retour de la démocratie au Brésil en 1985, mais surtout un geste symbolique soutenu par les militaires les plus proches du président. Une minorité très active, à l’image du général Augusto Heleno, grand nostalgique de la dictature en charge du discret cabinet de la sécurité institutionnelle, qui a récemment défendu la constitutionnalité d’un nouveau coup d’État militaire au Brésil.

Pour Guaracy Mingardi, du Forum brésilien de la sécurité publique, les conséquences de la radicalisation des policiers militaires pourraient être plus sournoises qu’un coup d’État assumé. « La participation de policiers militaires (aux manifestations du 7 septembre) va faire peur et porter préjudice à la démocratie du pays, car la pression d’une force armée, quelle qu’elle soit, provoque une radicalisation de l’opposition », affirme-t-il. Un scénario d’autant plus inquiétant que Jair Bolsonaro est sorti perdant en août d’un combat pour abroger le système de vote électronique, en vigueur depuis 1996. Après cette défaite, face à une popularité en chute, il a déjà fait part de son intention de contester les résultats de l’élection de 2022.

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