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Colonel Baïdy Ba, directeur des Eaux et forêts : «La plupart des accusations contre nos agents sont fallacieuses»

Colonel Baïdy Ba, directeur des Eaux et forêts : «La plupart des accusations contre nos agents sont fallacieuses»

Colonel Baïdy Ba rejette les accusations de complicité de ses agents dans le trafic du bois. Le directeur des Eaux et forêts, chasses et de la conservation des sols indexe la connivence des populations locales avec les coupeurs clandestins de bois. Dans cet entretien, M. Ba explique la politique de l’Etat pour lutter contre ce fléau.

Au vu de ce qui se passe sur le terrain, les moyens de la direction des Eaux et forêts s’avèrent insuffisants pour combattre le trafic illicite du bois. Etes-vous de cet avis ?
Je voudrais d’abord rappeler que la lutte contre le trafic de bois est une mission régalienne de l’Etat que les agents exécutent 24h sur 24. Il est bien vrai que ces ressources humaines ne sont pas en nombre suffisant, mais on ne peut avoir une situation où il y a un nombre top de ressources humaines. C’est de l’utopie. Mais on a un nombre raisonnable d’agents de terrain. Depuis 2015, chaque année nous connaissons des recrutements annuels de personnels. En termes de moyens humains, nous sommes à l’aise. Il y a une prévision chaque année de recruter 300 agents pour les Eaux et forêts. C’est déjà planifié et cela commence à être mis en œuvre. En termes de logistique, il y a quelques années, on avait des problèmes de motos et de véhicules. Mais on est en train de s’équiper graduellement. Le chef de l’Etat avait demandé en 2015 que, le temps que les Eaux et forêts se renforcent en ressources humaines d’année en année, l’Armée monte en puissance. Aujourd’hui, nous ne sommes plus seuls sur le terrain. Ce sont toutes les forces de défense et de sécurité, l’Armée, la gendarmerie, la douane, la police et les Eaux et forêts. Numériquement parlant, il y a assez d’hommes maintenant sur le terrain.

Les dépôts des saisies sont organisés au niveau des frontières. Cette situation est-elle source de tensions entre le Sénégal et la Gambie ?
Cette question sur les frontières est très importante. On ne peut pas rester 2 à 3 mois sans qu’on ne soit au courant de certains incidents. Il y a un protocole d’accord qui lie la Gambie et le Sénégal et qui consacre le droit de poursuite. Donc si vous poursuivez un individu jusqu’en Gambie, il faut informer les autorités gambiennes pour vous aider à arrêter le mis en cause. Souvent au niveau des frontières, vous voyez les pistes de charrettes. On vous dit que d’un côté c’est le Sénégal, et là c’est la Gambie. Vous traversez le chemin, vous êtes dans l’autre pays. Il y a la Commission des frontières sénégalo-gambiennes qui est en train de travailler sur cette question. C’est une question spécialement dédiée à la délimitation des frontières entre le Sénégal et la Gambie.
Le fait que des trafiquants parviennent à amasser toute cette quantité de bois n’accrédite-t-elle pas la thèse de l’existence de complicité au sein des agents des Eaux et forêts ?
Ce sont les Sénégalais qui hébergent les coupeurs. J’ai été dans des villages lors d’une tournée dans cette zone. J’ai passé la nuit au niveau de la frontière entre Médina Yoro Foulah et la Gambie pour faire la police forestière avec l’Armée. Parfois, on voit des centaines de charrettes chez le chef de village. Je passe tout mon temps à sermonner les chefs de village. Un jour j’ai dit à un vieux qu’il était en train d’hypothéquer l’avenir de ses petits-enfants. Je lui ai dit qu’il ne sera pas tranquille dans sa tombe s’il laisse ses enfants souffrir parce qu’il a coupé un arbre pour une Jakarta. Je lui ai dit que la Casamance se nourrit grâce à la forêt qui garantit aussi la santé des populations. On ne cesse de sensibiliser les populations de ces zones. Cette accusation de corruption que l’on colle à nos agents, je vais vous expliquer les méthodes des populations. Quand il y a un agent qui travaille, les populations le dénoncent par des lettres anonymes. On les affecte dans d’autres zones. On s’est rendu compte que ce sont les meilleurs agents qui partaient. Les populations ont trouvé que c’était une bonne trouvaille. Le temps qu’on déplace l’agent et que le nouvel s’installe, les gens en profitent pour couper la forêt.
Pourtant le chef du Service des eaux et forêts de Coumbacara a été affecté alors qu’il a fait du bon travail en faisant tomber des trafiquants…
Non, lui était en instance d’affectation depuis longtemps. On avait décidé d’affecter tous les agents qui ont fait plus de 2 ans dans une zone. Lui n’avait pas fait 2 ans, mais quand j’étais affecté là-bas, j’ai senti qu’il n’était pas dans son milieu. Il est plus à l’aise dans la zone de Kébémer où il faisait du reboisement sur la bande des filaos, dans les dunes. Il y a des agents qui ne sont pas naturellement répressifs. J’ai compris que son monde n’était pas là-bas. Pour les agents des Eaux et forêts, chaque fois qu’il y a eu des cas avérés de complicité, on a sanctionné. Je ne peux pas dire que tous les agents des Eaux et forêts sont des saints. Mais je dois dire que la plupart de ces accusations concernent des dénonciations fallacieuses. On a un agent qu’on a amputé d’une jambe. Les trafiquants l’ont coincé avec une charrette il y a quelques années. On tire sur les agents parce qu’ils essaient de les neutraliser. L’Armée n’est pas avec nous dans nos camps. C’est quand il y a des missions qu’on est ensemble. Dans une brigade, il n’y a que 2 ou 3 personnes avec une ou 2 armes. Ce qui me fait mal, c’est que j’ai sanctionné des agents alors qu’ils n’avaient rien fait. Je me suis trompé et je demande pardon à ces agents. Lors des récentes émeutes, les populations ont incendié l’Inspection régionale des Eaux et forêt de Sédhiou. Elles ont brûlé des documents qui datent de l’époque coloniale, des archives historiques des Eaux et forêts qui sont perdues à vie. Après les évènements, ils ont commencé à couper la forêt parce qu’ils savent que les agents n’ont plus de moyens de transport. J’ai été obligé d’appeler à Tamba et à Kolda pour l’envoi d’éléments à Sédhiou afin de les appuyer. L’agent judiciaire de l’Etat est venu pour faire l’inventaire. Moi-même je dois aller là-bas pour leur trouver des véhicules, des motos pour que les gens sachent qu’on ne va pas leur laisser le terrain. On a arrêté plus de 2 800 personnes en 2020. Si on dormait ou collaborait, on n’allait pas mettre la main sur ces gens. Même nos agents sont menacés. Parfois, les rebelles nous écrivent pour menacer nos agents. Si on doit partir dans ces zones, on est accompagné par l’Armée. C’est à Bignona, à Sindian… Parfois les rebelles nous disent : «On a vu l’agent x, on pouvait l’arrêter ou le tuer. Qu’il ne remette plus jamais les pieds ici !»

Depuis 2018, le président de la République a signé une suspension des permis de coupe du bois artisanal… Cependant, la Société civile dans le Sud accuse la direction des Eaux et forêts de délivrer ce type de document dans la clandestinité…
Dans cette zone, il n’y a pas d’autorisation de coupe. Les menuisiers de Ziguinchor, les exploitants de Sédhiou râlent pour que le président de la République lève la mesure. Il a refusé. Maintenant, il y a les grands projets de l’Etat avec l’Omvg, la ligne électrique qui va jusqu’en Guinée. Il y a aussi le projet de l’Omvs qui va passer par Tamba et Kolda. On doit dégager les arbres le long de ces lignes. Il faut qu’on les coupe. Les sociétés paient les taxes d’abatage à l’Etat. Maintenant, le bois coupé est valorisé par la société qui l’a acheté. Pour que ce bois soit transporté à Dakar, on délivre aux camions un permis de circulation. Et pour chaque camion, la société en question paie encore. La société civile doit se rapprocher des services des Eaux et forêts pour avoir la bonne information. On ne peut pas délivrer des permis comme ça. Sinon c’est une défiance au président de la République. Je peux perdre mon poste si tel était le cas : défier le président de la République. Même jeudi dernier, on a arrêté un bus en provenance de la Gambie à Tamba.
Que vous inspirent ces 22 containers remplis de bois découverts en Gam­bie et qui ont valu au ministre de l’Environ­ne­ment une audition par l’Assemblée nationale ?
Ces containers, je ne crois pas que c’est du bois tiré de la forêt récemment. On peut le déplacer et dans 5 ans dire que c’est une nouvelle découverte. On dira que le trafic se poursuit toujours. Au début, c’était la même situation dans les Eaux et forêts. Je leur ai dit que tant que le bois est là, les gens diront que le trafic continue alors que ça date de 3 ou 5 ans. Je leur ai demandé de vendre tout le bois. Un journaliste peut venir filmer un stock qui date de 5 ans et dire qu’il a fait une découverte. Comment 22 containers de bois peuvent être extraits de la forêt à cet instant ? Pour moi, c’est du bois qui date de longtemps.

Dans la lutte contre ce trafic, le Sénégal est-il laxiste en termes de volonté politique ?
Quand vous voyez les patrouilles et les différentes saisies faites, s’il y avait du laxisme, on allait laisser passer. Lors du Conseil présidentiel, le Président Macky Sall a dit devant son homologue gambien que ce trafic doit s’arrêter. Maintenant, les petits larcins vont continuer à faire leur petit boulot. Mais ce ne sera plus à grande échelle où ce sont les camions qui rentraient tranquillement, garaient, chargeaient et partaient. C’est devenu impossible. Les rares cas ont été arrêtés. Quand on convoque le ministre gambien devant l’Assemblée nationale, c’est un acte politique fort. Le trafic a fortement diminué.

Pour préserver l’environnement en Casamance, que faites-vous dans ce contexte de promotion d’un Séné­gal vert lancé par le président de la République ?
Au-delà du fait que d’Est en Ouest, du Nord au Sud y comprise la Casamance, le Service des eaux et forêts, chasses s’est toujours pleinement engagé dans la préservation des ressources naturelles par des actions de lutte active, d’autres actions sont quotidiennement menées en vue d’une meilleure gestion desdites ressources. Il s’agit, entre autres, de : la consolidation des acquis de certains programmes et projets tels que Wula-Naffa, Progede2, Padec… Il y a des activités de reforestation, notamment pour une production moyenne de 20 millions de plants avec la création de pépinières dans chaque arrondissement du Sénégal. L’Agence sénégalaise de la reforestation et de la grande muraille verte et les autres partenaires au développement mènent des activités de réhabilitation du patrimoine forestier. En outre, 4 nouvelles forêts sont classées en 2021 pour une superficie totale de 18 mille 327,78 ha en vue de renforcer la diversité biologique et le potentiel ligneux du domaine classé de l’Etat.

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