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Mairie de Dakar : Une obsession pour Macky Sall

Mairie de Dakar : Une obsession pour Macky Sall

Depuis son arrivée au pouvoir, Macky Sall a utilisé tous les moyens politiques, financiers, administratifs et judiciaires que lui offre l’Etat pour récupérer la Ville de Dakar. Quitte à ligoter l’équipe municipale actuelle jusqu’aux Locales de 2022.  Seneweb vous explique les raisons d’une obsession pour une collectivité à fort électorat.
Depuis quelques semaines, le maire de Dakar-Plateau et la mairesse de la Ville de Dakar occupent les devants de l’actualité. Au centre de la bataille entre Alioune Ndoye et Soham Wardini, l’ancienne bâtisse du marché Sandaga démolie aujourd’hui par Ndoye, accusé de crime contre un patrimoine historique. 
Mais avant les questions culturelles et architecturales, il y a surtout celle politique. En effet, cette guéguerre est la énième entre les tenants du pouvoir et la coalition Taxawu Dakar, dirigée par Khalifa Sall.
Aujourd’hui, Alioune Ndoye mène un combat par procuration, celui de Macky Sall qui confirme son obsession pour la Ville de Dakar. Si le maire de Dakar-Plateau était de la majorité présidentielle durant la bataille (en 2016) entre Khalifa Sall et l’ancien ministre de l’Urbanisme et de l’Aménagement du territoire Diène Farba Sarr au sujet de la Place de l’indépendance, Alioune Ndoye allait être activé pour servir de bras armé au pouvoir. Mais le socialiste était à l’époque avec Khalifa Sall et dénonçait même le silence de l’Ams dirigée par Aliou Sall, frère de Macky Sall.  
En vérité, depuis son arrivée au pouvoir, le patron de l’Apr, a utilisé tous les moyens politiques, financiers, judiciaires et administratifs que lui offre l’appareil d’Etat pour récupérer la municipalité des mains de l’opposition. D’abord sur le plan politique. 
Lorsque Khalifa Sall a refusé de céder la Ville de Dakar, comme Gakou l’a fait à Guédiawaye au profit de Aliou Sall, la coalition au pouvoir a mis en selle Aminata Touré au sommet de sa puissance en tant que Premier ministre. Le tout sur fond de jeu trouble du Parti socialiste.
Aminata Touré, Amadou Ba, Oumar Guèye, Oumar Youm, Abdoulaye Diouf Darr, Diène Farba Sarr, Alioune Ndoye…
Mais malgré tous les moyens financiers et la logistique déployés aux Locales de 2014, la forteresse de Taxawu Dakar n’a pas cédé. Au contraire, c’est Aminata Touré qui s’est retrouvée sur le tapis en perdant son poste de chef de gouvernement. A défaut de récupérer la Ville, Macky Sall décide d’empêcher Khalifa Sall de mener à bien le mandat que lui a confié le peuple.
Le pouvoir va lancer une nouvelle offensive pour faire transhumer les maires, un à un, au point de réduire la coalition à sa plus simple expression. Alioune Ndoye, Jean Batiste Diouf, Moussa Sy, Santi Agne, Banda Diop, Ousmane Ndoye, Mame Amadou Samba sont tous passés à la majorité présidentielle. 
Avec 16 communes sur 19 à l’issue des Locales de 2014, Khalifa ne contrôle aujourd’hui que 6 ou 7 municipalités, et encore ! Du côté des transhumants, la récompense intervient à coup de nominations dans un gouvernement (Ndoye) ou au poste de Pca (Sy).
Ensuite sur le plan financier. La première leçon tirée par le pouvoir est que Khalifa Sall doit sa popularité à son courage face aux marchands tabliers et ambulants, mais surtout la transformation du visage de Dakar par le biais des pavages. Il faut donc le priver de moyens pour stopper le programme.
Acte 3, suppression patente, emprunt obligataire, suppression de la ville…
Ainsi lorsque le maire de Dakar a voulu, en 2015, lever 20 milliards F Cfa par le biais d’un emprunt obligataire pour ses projets, Amadou Ba, puissant ministre de l’Economie et des Finances de Macky Sall, s’y est opposé. 
« Cet emprunt comportait un risque pour le trésor public », déclarait l’ancien argentier de l’Etat, tombé aujourd’hui en disgrâce. Amadou Ba dit avoir proposé un accompagnement à Khalifa Sall qui a décliné. Là également, le recours à la Cour suprême n’a servi à rien.
L’acte 3 de la décentralisation, initié en 2013, va se charger du reste. Les 19 communes de Dakar se voient distribuer les prérogatives et ressources de la Ville (suppression patente) par un président qui, paradoxalement, prône la création de pôles de développement dans toutes les régions du pays. 
Ce qui a pour conséquence de dépouiller Dakar qui ‘’devient une coquille vide’’. « C’est désolant de constater qu’au moment où beaucoup de pays prônent la métropolisation, notre pays opte pour un autre modèle de gouvernance », regrettait Khalifa Sall.
Au même moment, le ministre de l’Aménagement du territoire et des Collectivités locales de l’époque, Oumar Youm s’employait à convaincre qu’il n’y a aucune logique politicienne derrière l’initiative. «La réforme est neutre. Elle n’est engagée contre personne », clame-t-il. 
Seulement, des années plus tard, le pouvoir a tenté d’en rajouter une nouvelle couche par le biais du ministre des Collectivités locales, Oumar Guèye. « La ville n’a pas sa raison d’être et s’il n’y a plus de ville, il n’y aura plus de maire de ville», déclare récemment le porte-parole du gouvernement. Difficile de ne pas penser encore à Khalifa Sall, même si ce dernier n’est plus le maire.
Dakar, Niamey, N’djamena (plusieurs fois), Cotonou, Antananarivo, Mogadicio…
Sur le plan administratif, la gestion des ordures, un marché de 10 milliards, sera arrachée à la Ville en 2015 au profit de l’Unité de coordination et de gestion des ordures (UCG), une  entité étatique. 
«La situation d’insalubrité résulte essentiellement des dysfonctionnements du dispositif de collecte des déchets, des retards dans le paiement des factures des concessionnaires, mais aussi des conflits répétés entre ces derniers et l’Entente Cadak-Car», déclarait Abdoulaye Diouf Sarr, ministre des Collectivités locales pour justifier la décision. Khalifa a beau protester, promettant de saisir la Cour suprême, rien n’y fait.
Cependant, malgré tous ces crocs en jambe, sous la bénédiction du Parti socialiste, Khalifa tient bon. Pour lui porter un coup de grâce, le socialiste est chassé de sa formation politique. 
Le parapluie vert étant totalement ôté, Macky va utiliser l’appareil judiciaire pour le mettre en prison pour détournement de biens publics pour un montant de 1,8 milliard. Il sera ensuite chassé de l’Assemblée nationale, puis de la mairie de Dakar avant d’être gracié contre son gré.

Aujourd’hui encore, les manœuvres se multiplient, comme en témoignent la position ambigüe de Bamba Fall, maire de la Médina et la victoire de Benno bokk Yaakaar à Dalifort, suite à la mort de l’ancien édile, Idrissa Diallo.
A défaut d’être maître de la capitale, le pouvoir s’emploie sans cesse à ne laisser aucun opposant la diriger. Après tout, cette pratique n’est pas une invention de Macky Sall. 
Dakar, Niamey, N’djamena (plusieurs fois), Cotonou, Antananarivo, Mogadicio… sont autant de capitales africaines dont les maires ont été destitués, certains jetés en prison.

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