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Mélenchon : «Je suis prêt, je propose ma candidature»

Mélenchon : «Je suis prêt, je propose ma candidature»

Le leader de La France insoumise conditionne sa troisième candidature à la signature par au moins 150 000 personnes de la plateforme «nous sommes pour», lancée à cet effet.

Jean-Luc Mélenchon aime être acteur de son destin. Cet été à Valence (Drôme), l’insoumis a prévenu les siens: il annoncerait (ou pas) sa candidature à la présidentielle en automne. Le suspens n’existait pas. Qu’importe, créer une attente. Dimanche, la fumée blanche a fait son apparition. Le leader de La France insoumise écrit à Libération  en fin d’après-midi : «Oui je suis prêt, je propose ma candidature.» Jean-Luc Mélenchon qui invente toujours des règles du jeu afin de se réinventer ajoute un «mais». Ça donne : «Je m’impose une condition. Je demande une investiture populaire. Je serai définitivement candidat si – et seulement si – je suis parrainé par 150 000 personnes.» Les insoumis viennent de mettre en ligne une plateforme (noussommespour.fr) pour récolter les parrainages. Les plus ambitieux du mouvement espèrent atteindre le nombre avant Noël.

Dans la foulée, Jean-Luc Mélenchon s’est invité au journal télévisé de TF1 afin de déclarer ses intentions au plus grand nombre. Cravate rouge, coiffure soignée. L’insoumis a fait de la poésie : «Quand tout va mal et que ça semble être nuit noire, il faut allumer une lumière pour qu’on se dise qu’il y a un bout du tunnel.» Puis, le candidat à la présidentielle a participé à un direct sur les réseaux sociaux pour répondre aux questions des curieux. Le pas en avant du député des Bouches-du-Rhône ne fait pas sauter au plafond toutes les âmes. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel a tapoté sur les réseaux : «Jean-Luc Mélenchon a fait son choix. Je le respecte. Les communistes feront le leur en temps voulu. Pour l’instant, la priorité est à faire face à la pandémie, à résister et à agir pour nos concitoyens.» Comprendre : chaque chose en son temps.

Les insoumis se voient comme la force centrale des progressistes

La veille, samedi matin : les députés insoumis (nationaux et européens) se sont réunis au QG du Parti de gauche, à Paris, pour finaliser les derniers détails. L’ancien socialiste, Emmanuel Maurel – qui souffle le chaud et le froid avec Mélenchon –, est le seul absent. Chacun prend la parole. De François Ruffin à Clémentine Autain en passant par Manon Aubry. La présidentielle occupe très largement les esprits. Des idées et des désaccords. Le chef prend des notes. Un témoin raconte une scène. Jean-Luc Mélenchon lance: «Si quelqu’un souhaite représenter notre camp à la présidentielle, c’est le moment de le dire.» Silence. Personne ne demande sa place. La fusée peut décoller au cœur d’une période incertaine – avec une crise sanitaire et économique inédite.

Jean-Luc Mélenchon, lui, regarde plus loin. «Le moment idéal n’existe pas et nous avons besoin d’une campagne longue dans laquelle il est possible de déployer des arguments pour construire en positif, une majorité d’adhésion», dit le député des Bouches-du-Rhône. Ce n’est pas une nouveauté. Les insoumis partent souvent les premiers à gauche. C’était déjà le cas lors de la dernière présidentielle. Le député de Seine-Saint-Denis, Alexis Corbière, met en avant un autre argument: «Nous ne devons pas laisser toute la place à Emmanuel Macron et à Marine Le Pen.» Une façon de se placer au milieu du duel annoncé et larguer les autres prétendants à gauche (Jadot, Piolle, Montebourg…).

Adrien Quatennens prévient: «Nous ne souhaitons pas seulement mener une campagne contre le pouvoir en place, mais une campagne positive est joyeuse.» Les insoumis regardent souvent dans le passé pour se convaincre. Lors de la dernière présidentielle, le mouvement comptait ses sous et ses têtes dans les médias. Aujourd’hui, les poches sont pleines et les porte-parole nombreux. «Entre hier et aujourd’hui c’est incomparable», sourit Corbière. Les insoumis, qui aiment les réseaux sociaux, espèrent faire la différence sur le numérique. Un dirigeant explique: «Le confinement oblige toutes les formations à revoir leur manière de faire campagne, nous aussi, mais même sans le confinement et la crise sanitaire nous aurions fait beaucoup de choses sur les réseaux, comme en 2017, car c’est le meilleur moyen pour s’adresser et à la jeunesse et à un public de masse.»

Le mouvement reste lucide: les gadgets ne suffisent pas et le plus dur est devant. La France insoumise boitille ces derniers temps. Les défaites lors des européennes et les municipales sont lourdes. Et les fractures sont réelles avec de nombreuses formations à gauche. Les insoumis se racontent une autre histoire. Ils se voient toujours comme la force centrale des progressistes et (surtout) comme la seule capable à s’adresser aux classes populaires. Alexis Corbière, toujours: «Dans une période compliquée, on ne va perdre notre temps à faire mine de parler du rassemblement avec des personnes qui ne souhaitent pas se rassembler avec nous.»

Enfiler le costume du professeur des écoles de la IIIe République

La personnalité du candidat fait également débat. Jean-Luc Mélenchon qui soufflera 70 bougies l’été prochain compte mettre en avant son expérience. Il souhaite enfiler le costume trois pièces du professeur des écoles de la IIIe République. Un ton sobre et de longs discours pédagogues loin du tumulte qui le caractérise. Ses copains soulignent tous que le tribun reste une force lorsqu’il prend le temps de développer ses idées. L’intéressé aime dire: «Ça sera la troisième fois pour moi, c’est le bon chiffre, comme Mitterrand et Chirac qui ont gagné après deux échecs.» Hasard du calendrier, ou pas, François Mitterrand avait déclaré sa candidature le 8 novembre 1980.

Une autre réalité: Jean-Luc Mélenchon pose problème pour de nombreuses têtes. Un député socialiste, par exemple, souffle: «Il reste fort, pas assez pour gagner mais suffisamment pour faire perdre tout le monde.» Un cas complexe qui rappelle la série Baron noir. Un soir au Palais Bourbon, on en a parlé avec Jean-Luc Mélenchon. Il a souri: «Oui j’ai regardé d’un œil mais je ne suis pas allé au bout parce que ça ne se termine pas trop bien pour moi.» François Morel, qui joue le rôle de l’insoumis, se retire de la course présidentielle pour s’allier au socialiste avant le premier tour. La fiction dépasse souvent la réalité.

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