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PALUDISME, MTN AU SENEGAL: Professeur Daouda Ndiaye fait un diagnostic de la situation (Par VIVIANE DIATTA)

PALUDISME, MTN AU SENEGAL: Professeur Daouda Ndiaye fait un diagnostic de la situation (Par VIVIANE DIATTA)

Il n’est plus question de laisser la population vivre avec des maladies tropicales négligées. Dans cet entretien avec le chef du service de parasitologie de l’hôpital Aristide Le Dantec, Professeur Daouda Ndiaye fait une ordonnance pour arriver à leur élimination d’ici 2030.

Vous êtes connu pour avoir fait vos preuves dans la lutte contre le paludisme. Un vaccin antipaludique pour les enfants est trouvé. Est-il efficace ?

On le souhaite. Mais pour le moment, ce qu’on peut dire par rapport à ce vaccin RTSS qui a été testé dans beaucoup de pays comme le Malawi, le Kenya et le Ghana : c’est que les premiers résultats qui sont sortis, parce que cet essai a commencé depuis 2018-2019, prouvent que ce vaccin est efficace à plus de 60 à 70 %. C’est vraiment une première pour un vaccin contre le paludisme. Le paludisme, depuis combien d’années on n’a jamais eu un vaccin en miniature ou à gérer ? Même si ce vaccin était efficace à 30 %, c’est bon pour le moment. Parce que mieux vaut sauver 10 personnes que de ne sauver personne. Ce vaccin va sauver des vies.

Tous les jeunes qui ont eu à prendre ce vaccin, plus de la moitié est sauvée contre un paludisme grave et au décès. Donc, pour le moment, ce vaccin est efficace, mais à un certain degré. Pour le moment, ça ne peut pas protéger tout le monde, mais le niveau de protection est vraiment très acceptable pour être donné aux populations. C’est pourquoi les pays vont se battre pour avoir les vaccins en premier. Nous sommes convaincus que le vaccin est efficace et surtout qu’il est toléré. Parce qu’il est testé sur des enfants de bas-âge où on sait qu’il n’y a aucune immunité. Si ce vaccin a pu les protéger, que sera-t-il pour un enfant de 10 ans ?

Le sommet de Kigali se prépare en juin. Tous les pays sont en train de se battre pour avoir le vaccin. Est-ce qu’au Sénégal vous êtes dans cette dynamique ?

Je ne sais pas ce que l’Etat est en train de faire. J’ai une réunion demain (aujourd’hui) avec le programme. Mais rassurez-vous, le Sénégal est très bien encadré par rapport à cela. Les bailleurs de fonds nous appuient, nous sommes très présents dans toutes les commissions. J’ai discuté avec quelqu’un qui est dans la Commission mondiale de décision. Je ne vais pas révéler notre discussion. Mais si on devait faire une compétition, le Sénégal va être choisi en premier. Parce qu’ils savent le sérieux qu’il y a au Sénégal en matière de lutte. Au Sénégal, les partenaires ont aidé le programme, et le programme a fait un excellent travail. Le mercredi dernier, on a eu une réunion du Comité d’élimination du paludisme au Sénégal. C’est une première au Sénégal.

Donc, les gens sont convaincus qu’on peut aller vers l’élimination. On ne peut pas se permettre de faire un comité, si on ne peut même pas contenir le paludisme. Mais avec le niveau contrôle, on est sûr qu’on maitrise la pandémie et tout le monde veut aller vers l’élimination. Je reste convaincu que si les efforts consentis jusqu’ici sont maintenus, si l’Etat renforce son dispositif, comme on est en train de le faire à travers la Covd-19 et que les bailleurs accompagnent financièrement, nous irons vers l’élimination. Parce que techniquement, nous sommes prêts.

Le vaccin contre le paludisme a montré ses preuves dans beaucoup de pays. Aujourd’hui, on parle de troisième dose de vaccin contre la Covid-19. Est-il nécessaire, au moment où nous sommes en train de continuer la vaccination ?

Oui. Je suis formel. C’est important. Je préfère avoir une protection limite, minime, que de ne pas avoir une protection. Surtout que, pour la Covid-19, les gens sont en train d’écrire les publications. Depuis Omicron, les gens sont Covid, mais ne décèdent pas, pour le moment. Au début, on entendait tant de mille de décès par jour. Là, vous avez des trentaines de milliers de cas, mais pas de décès. C’est parce que les vaccins ont joué leur rôle et c’est ça la vérité.

Maintenant, des mutants (variants) sont naturellement présents. Aujourd’hui, c’est parce que la Covid-19 est très médiatisée, c’est normal, mais ces mutants ont existé chez tous les pathogènes. Quand il y a pression médicamenteuse, c’est-à-dire quand on donne des médicaments ou des vaccins, il y a toujours une forme d’échappement mise en place par l’agent pathogène (le microbe). Cette Covid ne va pas se laisser faire. Elle va muter. Tant qu’il est là, il va continuer à muter. Il mutera avec des séquences coriaces qui vont pouvoir échapper à l’individu et qui vont créer des problèmes à l’individu. Parfois, il peut muter et devenir inoffensif. Omicron, comparé à Delta, mute 30 fois plus et plus rapide, mais est fragilisé. C’est vrai que le virus a tendance à perdre sa puissance. Mais je reste convaincu que c’est parce que les vaccins ont joué leur rôle. Tant qu’on n’aura pas découvert de façon formelle une mutation qui rendrait ces vaccins inefficaces, ils doivent être maintenus.

Donc, si on parvient à voir que le virus qui est là par rapport aux mutants a pu surmonter ce vaccin, ce vaccin n’aurait plus sa raison d’être. Mais jusqu’à présent, il n’y a pas de preuve que ces mutants contournent les vaccins. Donc, il faut aller vers le vaccin. De plus, ceux qui font les vaccins ne dorment pas. Ils savent que le virus est en train de réfléchir pour contourner le vaccin ; eux aussi sont en train de renforcer la puissance du vaccin. Même s’ils ne changent pas le processus du vaccin, mais en mettant des dispositifs à l’intérieur qui rendraient le vaccin beaucoup plus efficace.

Le problème des maladies tropicales se pose actuellement. A votre avis comment doit-on s’en sortir ?

Le ministère de la Santé et de l’Action sociale, à travers la Direction de la lutte contre la maladie, a engagé une guerre contre les maladies tropicales négligées (MTN). Une campagne nationale de distribution de masse des médicaments contre deux affections tropicales négligées est lancée hier dans 12 régions du territoire national, excepté Dakar et Sedhiou en 2020. La campagne concerne la bilharziose et la filariose lymphatique. Ces maladies ont été, hier, au cœur d’une conférence de presse organisée par le directeur de la Lutte contre la maladie et ses collaborateurs au Sneips. A cette occasion, ils ont rappelé que les maladies tropicales négligées (MTN) sont transmissibles et très répandues au Sénégal. Je pense qu’il faut les combattre. Aujourd’hui, on met beaucoup plus l’accent sur le paludisme, alors que les MTN sont presque de la même famille. La prise en charge de ces maladies est assez négligée. On peut dire que c’est le parent pauvre des maladies. Nous devons agir pour atteindre l’élimination en 2030. Nous avons établi une corrélation entre le non-respect des règles d’hygiène, des problèmes d’assainissement et le faible niveau d’instruction des populations vulnérables et la prévalence de ces maladies. Peu connues des populations, ces pathologies sont à l’origine de handicaps de longue durée, de déformation, de retard de la croissance chez les enfants, de la baisse du rendement scolaire, parmi d’autres complications. Elles favorisent et aggravent l’anémie et la malnutrition chez les personnes touchées. Si le Sénégal veut réduire la prévalence des maladies tropicales négligées, il doit régler la problématique de l’accès à l’eau potable. La prévalence élevée de ces maladies dans les régions orientales (Tambacounda et Kédougou) s’explique par le fait que les populations consomment encore de l’eau de puits dans ces zones. A cela s’ajoute le fait que les eaux douces des fleuves présentent des conditions d’éclosion des nids d’insectes responsables de certaines MTN.

Viviane Diatta

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