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Plages de Mbao et de Sipres : Les noyades chassent les baigneurs

Plages de Mbao et de Sipres : Les noyades chassent les baigneurs

Les plages de Sipres et de Mbao étaient quasi désertes après les cas de noyade enregistrés ces derniers jours. Des riverains rencontrés déplorent le manque de vigilance des parents et pointent du doigt l’insouciance de certains jeunes.

Un enfant sur le dos, une jeune femme balance une couche à jeter sur les rochers et s’éloigne en se lavant la main avec l’eau de sa bouilloire. Dans un coin, un charretier s’occupe de charger des coquillages. Ce train-train quotidien de riverains de la plage de Petit Mbao donne l’impression qu’il ne s’est passé rien de dramatique dans les environs. Pourtant, à quelques mètres de là, il y a quelques jours, quatre jeunes âgés environ de 20 ans se sont noyés. Debout sur son vélo, le regard fixé vers la mer, Deni Faye, gérant d’une dibiterie à Petit Mbao, n’est pas au courant des récents cas de noyade dans le quartier. Habitué de la plage pour les besoins des entraînements ou simplement pour prendre de l’air, Alioune Diallo, étudiant en troisième année de Lettres modernes, pointe la responsabilité des parents. Selon lui, ces derniers doivent veiller aux déplacements de leurs enfants et avoir les numéros des responsables des écoles pour s’assurer que les élèves ne traînent pas après les cours.

À quelques encablures de la plage, au Cours d’enseignement moyen (Cem) Mamadou Seck, un groupe de bambins forme un cercle autour d’une table à l’heure de la récréation. Ici, on est féru de pain-macaroni, petits pois ou spaghetti. En compagnie d’autres enseignants, la directrice de l’établissement, Mme Ba, est, elle aussi, en mode pause. « D’habitude, nous constatons les cas de noyade en fin d’année scolaire, mais là, les cours ne sont pas encore terminés et le phénomène a refait surface. Ici, avec la proximité de la mer, nous insistons beaucoup sur la prévention. Nous sensibilisons les élèves sur les risques de noyade et lorsqu’un enseignant s’absente, nous gardons les enfants jusqu’à la fin des cours », confie-t-elle. Très excités, des garçons jouent dans la cour de l’établissement. « Ne me touche pas, je ne veux pas avoir la Covid-19…», lance quelqu’un dans le groupe.

Mis à part les occupants d’un véhicule de sapeurs-pompiers et trois femmes en train de sécher du poisson, la plage de Sipres, qui a enregistré quatre cas de décès par noyade, est déserte ce lundi 5 juillet. Aïda Ndiaye, transformatrice de produits halieutiques depuis 11 ans, déplore : « Les enfants n’ont pas peur de la mer. Hier, en moins de deux semaines du drame, ils étaient nombreux ici. Lorsqu’on leur a dit de sortir de l’eau, ils lui ont répondu de s’occuper de ses oignons. Nous sommes des parents et cela nous fait mal de voir les jeunes mourir ainsi ». À l’en croire, même le jour où il y a eu ces cas de noyade, des jeunes continuaient à se baigner en mer, insistant sur la présence des maîtres-nageurs sur ces plages. « Même si certains se portent volontaires, les enfants n’obéissent pas aux maîtres-nageurs », regrette la dame, en éparpillant à l’aide d’un bâton des poissons étalés à même le sol.

MARCEL MBAYE THIAW, SOUS-PRÉFET DE THIAROYE

«Il faut que tous les acteurs jouent leur partition»

Le 18 juin dernier, une réunion du Comité local de développement (Cld) sur la sécurité aux plages a été présidée par le Sous-préfet de Thiaroye, Marcel Mbaye Thiaw. Une batterie de mesures a été prise à l’issue de cette rencontre. À ce titre, une lettre circulaire a été envoyée à l’Inspecteur de l’éducation et de la formation (Ief) de Thiaroye et aux proviseurs des lycées de Mbao et de Thiaroye pour une sensibilisation au sein de leurs établissements. Les collectivités locales ont été, elles aussi, invitées à transmettre, sous huitaine, le nombre de jeunes à former par les sapeurs-pompiers et à positionner sur les plages. Il a aussi été décidé de matérialiser l’interdiction à la baignade aux plages de Mbao à Bargny-Minam en passant par Diokoul Kao. De l’avis de l’autorité administrative, cette mission incombait aux communes. Au cours des débats, a précisé Marcel Mbaye Thiaw, il a été retenu que les brigades de gendarmerie de Thiaroye et de la Zone franche industrielle, ainsi que les détachements des sapeurs-pompiers jouent leur partition. La sensibilisation devait être accentuée par les imams, curés et  organisations de jeunes au cours des prières, prêches et rencontres. Tout ceci,  avec l’accompagnement des collectivités territoriales. Le Sous-préfet appelle chaque entité à jouer sa partition pour endiguer ce phénomène.

MORT PAR NOYADE DE D. F.

La victime identifiée grâce à une photo

Les parents de Dame Fall, victime de noyade, seront à jamais reconnaissants au pêcheur qui a découvert le corps sans vie de leur fils âgé de 14 ans. Il a eu le réflexe de le prendre en photo. C’est grâce à lui qu’ils ont pu retrouver la dépouille à l’hôpital Le Dantec.

C’est dans la banlieue dakaroise, derrière Tol Diaz, au quartier  Diamaguène Kamb, qu’habitent depuis sept ans les parents de D. F., décédé par noyade le vendredi 25 juin à la plage de Sipres Mbao. Assis dans l’espace familial de leur maison, Ndèye Sanou Ndiaye et Mbaye Fall cachent difficilement la peine causée par la perte de leur second enfant. Le ballet des voisins et parents proches est incessant pour présenter leurs condoléances. Il est un peu plus de 11 heures.

D. F., né en 2007, était en classe de 5ème au Cem Mbao Kamb. Le jour de son décès, il avait cours de 8h à 12h. Alors que des élèves de son établissement passaient le brevet sportif, il est parti avec eux à Mbao. Puis, ils se sont rendus à la plage en groupe. Il fait partie des cinq personnes décédées par noyade ce jour-là. Jusqu’à 18h, ses parents ne s’étaient pas inquiétés de son absence parce qu’il lui arrivait de jouer dans une école de football après les cours. Mais vers 20h, la famille a commencé à se faire un sang d’encre lorsqu’un voisin leur a dit que le garçon était à la plage de Mbao. Les rumeurs sur les quatre cas de noyade ont commencé à circuler. Son père Mbaye Fall s’est aussitôt rendu à la brigade de la Zone franche industrielle, où on lui a montré les photos des quatre corps repêchés à la plage de Mbao. Son fils n’y figurait pas. Cap sur le centre de santé Khadim Rassoul de Thiaroye. Le ventre noué, espérant que son fils faisait partie des rescapés, on lui a malheureusement fait savoir que les parents des victimes ont récupéré les corps de leurs enfants. Pendant qu’il poursuivait les recherches, Mbaye Fall ignorait que le vendredi, vers 18h 30, un pêcheur a découvert un corps à la plage de Sipres. Il a eu le réflexe de le prendre en photo avant d’avertir les sapeurs-pompiers. Non encore identifié, la dépouille de D. F. a été déposée à l’hôpital Aristide Le Dantec. C’est là que ses parents l’ont enfin récupéré grâce à la photo du pêcheur. Les camarades du défunt avaient croisé ce dernier à la plage de Sipres. Très à cheval sur l’éducation de ses enfants, Mbaye Fall leur interdit formellement de rester dehors après le crépuscule. S’ils ne sont pas à l’école, ils révisent leurs leçons ou apprennent le Coran. Il met un point d’honneur à ne jamais les laisser traîner dans la rue et s’en remet à la volonté du Tout-Puissant. Oncle paternel de la victime, Alioune Fall fustige le manque d’infrastructures sportives dans leur localité.

Hadja Diaw GAYE

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