« Quand la tragédie se répète dans une famille, il faut penser à la mort subite héréditaire ». L’affaire Nogaye Thiam, sur fond de tensions familiales et de suspicions d’agression, a révélé un élément qui bouleverse toutes les hypothèses : six frères de la défunte seraient morts brutalement avant elle. Pour la cardiologue Oumou Kébé, cela ne relève plus du fait divers, mais d’un signal médical majeur : la possibilité d’une mort subite d’origine familiale. « Quand la tragédie se répète dans une famille, la médecine nous rappelle une vérité simple : certaines maladies cardiaques héréditaires provoquent des morts soudaines, totalement indépendantes de toute violence », explique-t-elle. « « Quand plusieurs membres d’une même famille s’éteignent de la même façon, la médecine ne parle pas de crime, mais de mort subite héréditaire, souvent déclenchée par le stress mais indépendante de toute violence. Pour sauver les survivants, il faut un dépistage familial : ECG, échographie, Holter, IRM, génétique. Ce n’est pas un drame qu’il faut taire : c’est une alerte familiale qui peut sauver des vies »dit-elle.
Quand la rumeur accuse, mais que les gènes expliquent
Lorsqu’un décès survient dans un environnement conflictuel, le soupçon naît rapidement. Les tensions, les disputes, la pression psychologique donnent l’illusion d’un acte hostile. Mais dans certaines familles, les morts brusques, silencieuses, parfois déclenchées par un stress ou une émotion intense, sont en réalité la signature de maladies cardiaques génétiques. C’est ce que rappelle la cardiologue :« Quand on découvre une série de morts brutales dans une même lignée, ce n’est plus la dispute qui tue : ce sont les gènes. »
Les maladies qui provoquent des morts répétées
Plusieurs pathologies cardiaques familiales peuvent entraîner des décès soudains, souvent sans aucun signe annonciateur. Il s’agit entre autres dit le docteur, des cardiomyopathies familiales de la Cardiomyopathie hypertrophique, cause n°1 de mort subite héréditaire de la Cardiomyopathie arythmogène de la Cardiomyopathie dilatée familiale. Elle a aussi mentionné les maladies électriques du cœur (canalopathies). « Le cœur semble normal, mais son système électrique est instable : Syndrome du QT long, Syndrome de Brugada, Tachycardies ventriculaires familiales » dit-elle. Et d’ajouter, « dans ces familles, la même phrase revient souvent, Il est tombé… il s’est éteint… il dormait… »
Pourquoi ces décès créent l’illusion d’un meurtre ?
Le docteur Kébé note que ces décés créent l’illusion d’un meurtre parce qu’ils sont brusques, silencieux, déclenchés par le stress, la peur, une dispute ou une émotion forte. Autrement dit, dans un foyer conflictuel, une mort subite paraît immédiatement suspecte ». Mais la cardiologue insiste : « La vérité médicale est simple : la maladie génétique peut tuer, parfois à la moindre émotion forte ».
Comment protéger le reste de la famille ?
Lorsque plusieurs membres d’une même famille meurent soudainement, un dépistage familial est indispensable. « C’est une recommandation internationale. Il faut consulter un cardiologue spécialisé en génétique cardiaque, une rythmologie. Au Sénégal, cela peut se faire notamment au niveau des hôpitaux, Fann, Principal, Dalal Jamm, Le Dantec ou dans les cabinets privés spécialisés » renseigne-t-elle. « S’agissant des Bilan ( ECG 12 dérivations, Échographie cardiaque, Holter ECG 24–72h,Test d’effort (si nécessaire) IRM cardiaque, Analyse génétique cardiaque si disponible) Tous les membres du premier cercle, même asymptomatiques, car la première manifestation de ces maladies peut être la mort. Si la maladie est confirmée, il existe des solutions pour prévenir une mort subite, médicaments anti-arythmiques, éviction des médicaments dangereux et la gestion des facteurs déclenchants, Défibrillateur implantable (DAI) pour les cas à haut risque et éducation familiale et suivi régulier ».

