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Depuis 1982, une même douleur traverse le Sénégal comme une longue cicatrice qui refuse de se refermer.

 

 

La Casamance, si belle et si fertile, porte encore le poids des balles, des embuscades, des deuils répétés.

 

 

À chaque nouvelle attaque, ce ne sont pas seulement des vies qui s’éteignent : c’est notre conscience nationale qui est mise à l’épreuve.

 

 

Aujourd’hui encore, trois de nos Jambars sont tombés au nord de Sindian, et avec eux, une part de notre tranquillité s’est effondrée.

 

Nous n’avions pas fini de nous recueillir à la mémoire de Nfally Sonko que d’autres noms viennent s’ajouter à la litanie des fils du pays engloutis par ce conflit.

 

 

Ils portaient l’uniforme, mais ils n’étaient pas que des grades et des matricules : ils étaient attentes, projets, promesses pour leurs proches.

Derrière chaque silhouette de soldat, il y a une mère qui espère un appel, un enfant qui attend un retour, une épouse qui compte les jours.

 

 

Ce sont ces vies-là, brisées net, que nous honorons aujourd’hui avec gravité et respect.

 

Choisir de servir sous le drapeau, c’est accepter de se tenir sur la ligne de front entre le chaos et l’ordre, entre la peur et la sécurité.

Nos trois soldats ont assumé ce choix jusqu’aux ultimes secondes de leur existence.

 

 

Dans la poussière des pistes, sous la menace invisible, ils ont tenu leur place, sans reculer, conscients des risques mais fidèles à leur mission.

Leur courage ne se mesure pas seulement à l’intensité du feu affronté, mais à la loyauté avec laquelle ils ont porté le Sénégal dans leur cœur jusqu’au dernier souffle.

 

Au-delà de la douleur, j’en conviens, s’impose désormais une exigence de clarté et de lucidité.

Comment comprendre qu’après tant d’années, des groupes armés puissent encore disposer des moyens de porter des coups aussi sévères à nos forces ?

D’où proviennent les armes, les munitions, les appuis qui alimentent et prolongent un conflit que notre peuple n’a jamais appelé de ses vœux ?

Poser sereinement ces questions ne revient pas à fragiliser la République, mais à rechercher les conditions d’une paix durable, équilibrée et réellement définitive.

 

Mettre un terme à cette déchirure casamançaise ne peut plus être une rubrique parmi d’autres dans l’agenda de l’État : c’est une surpriorité nationale.

Tant que le sud du pays continuera de vivre au rythme des mines, des fusillades et des convois militaires, c’est toute la Nation qui restera amputée d’une part d’elle-même.

Nous devons à nos soldats tombés, à leurs familles meurtries, à nos populations déplacées, d’en finir avec une paix provisoire et fragile.

Ce qui s’impose aujourd’hui, c’est une volonté claire : tourner, ensemble, la page de la guerre pour écrire, enfin, celle de la réconciliation durable.

 

À ceux qui pleurent un fils, un frère, un mari, nous adressons une parole de compassion et de fraternité : votre peine rejoint le cœur de chaque Sénégalais.

À leurs camarades restés au front, nous exprimons respect et soutien : votre veille n’est pas ignorée, elle est le prix de nos nuits tranquilles.

À la jeunesse du pays, nous lançons un appel : ne laissez pas la haine, le ressentiment ou le découragement gagner vos âmes.

Que la mémoire de ces Jambars vous inspire une autre manière de lutter : par la parole, par la réflexion, par la construction d’un avenir partagé.

 

Ils ont quitté ce monde, mais ils n’ont pas quitté la communauté nationale.

Ils demeurent dans nos prières, dans nos cérémonies, dans nos drapeaux mis en berne, dans chaque instant de paix que nous voulons préserver.

Si nous faisons de leur sacrifice le point de départ d’une détermination nouvelle à régler définitivement la question casamançaise, alors leur mort portera un fruit plus grand que la violence qui les a emportés.

Le véritable honneur que nous pouvons rendre à nos morts, ce n’est pas de nous habituer à la guerre, c’est de refuser qu’elle ait le dernier mot.

 

Que la terre du Sénégal leur soit douce, qu’elle les accueille comme ses enfants les plus courageux.

Que Dieu les couvre de Sa miséricorde et console leurs familles éprouvées.

 

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Et que, par fidélité à leur engagement, le Sénégal se rassemble enfin pour refermer cette plaie ouverte depuis 1982, afin que la Casamance redevienne pleinement ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une terre de paix, de vie et d’unité pour toute la Nation.

 

Alioune NDOYE

Maire de Dakar-Plateau

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