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Monsieur le Président,
Je ne vous écris pas pour vous flatter. Ce temps-là est révolu — si tant est qu’il ait jamais
existé.
Ce qui se trame sous vos yeux mérite d’être nommé. Pas habillé. Pas atténué. Nommé. Avec le
respect que je dois à votre charge, mais sans cette hypocrisie commode qui transforme les
alertes en déclarations de loyauté.
Revenons en 2016, en France. François Hollande, Président de la République en exercice,
renonce à sa propre réélection. Pas battu dans les urnes — écarté avant d’y arriver. Par les
siens. Manuel Valls et d’autres cadres du Parti Socialiste ont rendu sa candidature
politiquement intenable : sondages commandités, distanciations publiques minutieusement
dosées, fuites dans la presse au bon moment. Un président sortant contraint de rendre les
armes sans avoir eu le droit de se battre. On a appelé ça de la « démocratie interne ». C’était une
élimination propre, méthodique, invisible.
Cette mécanique a un nom. J’appelle ça la « Hollandisation ». Et elle est à l’œuvre ici, au
Sénégal, en ce moment.
Elle se déroule en deux temps.
Le premier temps : empêcher Ousmane Sonko. Le rendre politiquement inopérant — par la
justice, par l’usure, par l’isolement progressif. Sonko est l’obstacle principal aux ambitions
présidentielles de l’essentiel de la classe politique sénégalaise. Pas seulement de l’opposition
— de certains qui marchent aujourd’hui dans votre coalition, et que vous connaissez mieux que
quiconque. Il dérange parce qu’il possède ce que l’argent ne peut pas acheter et que le temps
politique ordinaire ne fabrique pas : une base populaire profonde, une conviction perçue comme
authentique, une légitimité construite dans la douleur. Ça ne s’imite pas. Alors on cherche à le
neutraliser.
Le second temps est en cours. Il se déguise en vertu démocratique. On parle d' »ouverture » au
sein de la coalition Diomaye Président. On invoque un débat sain sur les candidatures de 2029.
Derrière ce vocabulaire présentable, la réalité est simple : fragiliser l’évidence de votre propre
candidature à votre réélection. Les grandes figures de votre coalition ne se sont pas ralliées à vous pour disparaître cinq années supplémentaires dans votre ombre. Ces hommes ont tourné
le dos à leurs anciens leaders pour enfin exister. Pensez-vous sérieusement qu’ils referont ce
sacrifice — pour vous ?
Monsieur le Président, il y a une vérité que votre entourage ne vous dira probablement pas. Pas
par malice. Par confort.
Vous ne pouvez pas, en moins de trois ans, construire un espace politique autonome viable en
dehors de PASTEF. C’est une impossibilité structurelle. Les réseaux militants, les relais
territoriaux, la base mobilisable — tout cela s’est bâti sur une décennie de lutte, autour d’un
projet et d’un homme. Si la candidature de Sonko devient inopérante — par les urnes, par la
justice, ou par votre silence —, la base de PASTEF ne vous verra pas comme son candidat
naturel. Elle vous verra comme celui qui était là quand ça s’est passé. C’est différent. C’est
même opposé.
Le piège se referme. Lentement. Proprement.
Quant à l’opposition — ne nourrissez aucune illusion à son égard. Elle pourrait vous sourire lors
des prochaines locales, vous accompagner tactiquement si une dissolution venait bousculer
l’Assemblée, rééquilibrer les forces face à la majorité PASTEF. Tout cela est possible. Mais en
2029, ces mêmes visages seront vos adversaires. Ils auront simplement mis leurs ambitions en
veille — ils ne les abandonneront jamais.
Sans la base PASTEF — qui vous a déjà signifié sa froideur —, vous ne construirez pas de
majorité en trois ans. C’est brutal à lire. Mais c’est la réalité.
Aux militants de PASTEF Les Patriotes,
La colère, je la comprends. Ce que vous ressentez face à cette situation n’a rien d’irrationnel.
Mais braquer le Président de la République — votre frère de parti, celui que vous avez porté —
ne servira qu’une cause : celle de vos adversaires. Ils attendent ce spectacle depuis le premier
jour. Ils misent dessus. Ne leur offrez pas cette fenêtre de tir.
Diomaye Faye n’est pas un ennemi. C’est un homme pris dans un étau dont j’ai tenté de décrire
les contours sur ces lignes. Et un homme dans un étau a besoin qu’on lui laisse une sortie —
pas qu’on resserre la pression des deux côtés.
La lucidité politique commande une chose : lui aménager des espaces de dialogue. Des
personnalités existent, respectées au-delà des clivages, capables de créer ce pont. El Malick
Ndiaye, Président de l’Assemblée nationale, en est une — son positionnement institutionnel et
sa réputation de pondération en font un médiateur naturel. Des guides religieux comme Serigne Abdou Mbacké pourraient également jouer ce rôle, non pour arbitrer la politique, mais pour
rappeler à des hommes d’État que le dialogue reste toujours préférable à la rupture.
La rage est légitime. Mais elle ne gouverne pas.
Le 6 juin 2026, PASTEF tient son premier congrès national à Dakar. Moins d’un mois. La fenêtre
est étroite — mais elle existe encore. Ce congrès peut être le moment de panser les plaies, de
remettre les hommes autour d’une même table, de réaffirmer que le projet est plus grand que
les tensions qui l’habitent. Ou il peut être le théâtre d’une fracture définitive, offerte en spectacle
à tous ceux qui n’ont jamais voulu de votre succès. Le choix appartient aux militants, aux
responsables, à ceux qui portent encore ce projet dans leurs tripes. Mais il faut choisir vite. Le
temps, lui, n’attend pas.
Rien n’est perdu, au contraire…
Sonko moy Diomaye n’était pas qu’un rêve.

 

Ousmane Camara GUEYE Fondateur et Directeur Général de Digital Afrika ocg@digifrika.com