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Le débat autour de la supposée “dette cachée de 650 M€” du gouvernement Diomaye-Sonko a éveillé ma curiosité, surtout après avoir lu la réponse explicative du Ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Cheikh Tidiane Dièye.

 

J’ai donc consulté des économistes et effectué mes propres recherches. Avant de revenir sur les explications du Ministre, il me paraît essentiel de donner une définition simple et pédagogique d’un Total Return Swap (TRS) :

– Un pays remet à un prêteur ses obligations ou actifs financiers.

– Le prêteur verse immédiatement une somme d’argent au pays.

– En échange, le pays s’engage à payer au prêteur tous les revenus futurs liés aux obligations (intérêts, plus-values, etc.), plus une marge supplémentaire.

En clair : c’est comme si le Sénégal avait “hypothéqué” une partie de ses obligations pour obtenir du cash rapide, tout en promettant de rembourser avec priorité.

Cet outil peut soulager à court terme, mais il fragilise à long terme, car il donne aux prêteurs une position dominante et peut masquer l’ampleur réelle de la dette.

Il y’a tout de même certains risques qui sont listés :

– Effet boule de neige : ces montages s’ajoutent aux emprunts déjà existants et aggravent la dette totale.

– Manque de transparence : les swaps ne sont pas toujours comptabilisés comme des prêts classiques, ce qui peut les rendre invisibles dans les chiffres officiels.

Dés lors, je comprends pourquoi « l’expérimenté » Directeur de la programmation budgétaire sous le gouvernement du Président Macky SALL et actuel Ministre des finances et du budget, Cheikh Diba, lors de l’examen le samedi 28 juin 2025 du projet de loi portant loi de finances rectificative a préféré parler devant les députés d’une “dette héritée”, issue de données budgétaires erronées du régime précédent, plutôt que d’une “dette cachée”.

 

De son côté, Cheikh Tidiane Dièye a affirmé dans son post Facebook :_ »Je le dis tout net : aucun emprunt n’a été caché. Tout a été programmé dans la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme (SDMT), inscrit dans les lois de finances et approuvé par l’Assemblée nationale. Les instruments financiers utilisés, notamment les Total Return Swaps, ont été portés à la connaissance des partenaires financiers du Sénégal, en particulier le FMI.”_

 

Cette affirmation mérite nuance. Car si le FMI a reconnu être au courant de l’existence des swaps, il a aussi précisé que les conditions financières n’avaient pas été partagées, ce qui l’empêche d’évaluer correctement la situation d’endettement du Sénégal en toute transparence. Cette nouvelle passe d’armes entre le FMI et le gouvernement du Sénégal risque d’aggraver davantage la fragilisation des négociations pour le plan de sauvetage de 1,8 milliard de dollars voulu par le gouvernement initialement.

 

Par ailleurs, en revisitant le Plan de redressement économique et social “Jubbanti Koom” (2025–2028), présenté le 1er août 2025, on lit noir sur blanc qu’il sera financé “essentiellement à partir de ressources endogènes”, sans recourir à l’endettement extérieur. D’ailleurs, le communiqué officiel précise : _ »À travers ce plan, le Sénégal ambitionne de mobiliser 5677 milliards de FCFA sur quatre ans, sans recourir à l’endettement extérieur._

 

Dès lors, il est légitime de demander si les 650 M€ mobilisés via les swaps font partie de ce plan ou non?

 

Il faut le dire, ce qui me gêne le plus n’est pas seulement la technique financière, mais le rapport entre le langage populiste et la redevabilité politique. Un gouvernement qui se réclame du “Jubb, Jubbal, Jubanti” ne peut pas prôner la transparence et la souveraineté financière tout en restant opaque sur les modalités exactes de ces emprunts.

 

C’est pourquoi j’adresse cette question au Ministère des Finances et à la Commission des finances de l’Assemblée nationale. Le Ministère des Finances et du Buget à travers un communiqué de presse en date du 24/03/2026, affirme que le coût net des swaps est de 7,1 %, inférieur aux Eurobonds. Mais la vraie question demeure : _quelles sont les conditionnalités exactes de ces emprunts, et comment s’articulent-elles avec l’engagement du gouvernement dans le plan Jubbanti Koom de financer l’économie sans dette extérieure ?_

Car au-delà du taux affiché, c’est la transparence et la cohérence politique qui sont en jeu. »

 

Ousmane Feynaff GOUDIABY

Président de Fédération Nationale des Cadres Libéraux.

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