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Au pays de la Téranga, cette terre jadis célébrée pour son hospitalité proverbiale, il semble désormais qu’il faille s’adosser à un parrainage occulte ou figurer dans les petits papiers du parti hégémonique pour oser prétendre à l’exercice d’un droit élémentaire. Zakaria Tamba, musicien d’une rare sensibilité et guitariste émérite de l’Orchestre national du Sénégal, en a fait la douloureuse expérience, apprenant à ses dépens que la requête légitime peut se muer, sous nos latitudes, en crime de lèse-majesté.

 

Qu’avait-il donc osé ? Réclamer, dans la stricte orthodoxie du droit du travail, le bénéfice d’un départ volontaire et la liquidation des indemnités afférentes à une carrière dédiée corps et âme au rayonnement culturel de la Nation. Loin d’obtenir l’assentiment de sa hiérarchie, il s’est heurté à un mur d’airain, à un refus catégorique qui foulait aux pieds les principes les plus rudimentaires régissant la condition de salarié. Pis encore, cette supplique, perçue comme une impudence intolérable, a déchaîné contre lui une vindicte inouïe : invectives avilissantes, menaces à peine voilées, intimidations systématiques, agressions tant verbales que physiques, le tout ourdi par une pression insoutenable exercée sur sa personne et sur l’intimité sacrée de sa famille.

 

Dès lors, l’existence de cet artiste s’est transmuée en un chemin de croix. Celui qui, des années durant, avait fait vibrer les cordes de sa guitare au service du patrimoine sénégalais s’est vu contraint, la peur au ventre et le cœur meurtri, de dérober sa propre fuite — un exil forcé, consenti dans la clandestinité la plus absolue, vers les rivages lointains du Canada, terre des Grands Lacs devenue asile contre la persécution.

 

Il ne s’agit point ici d’une simple querelle pécuniaire. C’est l’âme même d’un homme que l’on a broyée, son sentiment de sécurité anéanti sur la terre qui l’a vu naître, grandir, rêver. Comment concevoir qu’au Sénégal, cette mère-patrie qu’il chérissait et à laquelle il offrit les plus belles années de sa jeunesse créatrice, l’on puisse en venir à redouter pour sa vie pour avoir simplement invoqué le droit ? Comment admettre que l’excellence — car Zakaria comptait parmi les fleurons de l’Orchestre — devienne un joug, un prétexte à l’asservissement ?

 

Au-delà du préjudice matériel, c’est la blessure morale qui saigne encore : celle d’un père qui ne pouvait plus garantir à sa progéniture la quiétude d’un foyer, celle d’un citoyen désillusionné qui voit ses espérances légitimes brisées sur l’autel de l’arbitraire.

 

Que cette tragédie individuelle, d’une infinie tristesse, serve du moins d’électrochoc à nos consciences assoupies. Car une République qui persécute ses artistes pour avoir réclamé justice renie sa propre vocation émancipatrice et ternit irrémédiablement l’éclat de la Téranga.