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Algérie : quelle marge de manœuvre pour le nouveau Premier ministre ?

Algérie : quelle marge de manœuvre pour le nouveau Premier ministre ?

Aïmen Benabderrahmane fera face à une situation socio-économique délicate tout en ne sortant pas des clous du programme du président Tebboune.

« Dans la conjoncture économique, on ne pouvait s?aventurer à nommer un politique ». Cet ancien membre de la commission des Finances du Parlement, qui se confie au quotidien El Khabar, résume les commentaires des médias algérois au lendemain de la désignation de l?ex-ministre des Finances, Aïmen Benabderrahmane, au poste de Premier ministre. Quand le président Abdelmadjid Tebboune le reçoit mercredi pour lui confier la formation du prochain gouvernement « d?ici au début de la semaine prochaine », il lui fixe déjà ses priorités : « Les questions futures seront économiques et sociales et sont liées aux finances, et vous êtes au courant de tous les dossiers financiers ». « Abdelmadjid Tebboune met le cap sur le redressement économique et financier du pays, après avoir accordé la priorité à la question politique, en organisant coup sur coup deux élections, l?une pour la refonte totale de la Constitution, et l?autre pour la mise en place d?un nouveau Parlement, en attendant les échéances locales prévues en septembre prochain », tranche le site Algérie patriotique.

Ascension accélérée

Alors que, de son côté, le quotidien Liberté considère que « la crise politique que vit le pays commande, sinon exige, un responsable qui saura conduire un exécutif à même d?apporter des réponses à un mouvement de contestation citoyenne qui dure depuis plus de deux ans ». Mais qui est Aïmen Benabderrahmane qui a connu, ces dernières années, une ascension accélérée ?

Sa biographie officielle ne révèle rien de ses penchants politiques, s?il en possède. « Il a une grande écoute. Il a tenté de réformer le secteur des finances (douanes, impôts, etc.), malgré pas mal de résistance. Mais ce n?est pas un révolutionnaire dans le sens où, même s?il a conscience des réformes à mener, il ne bouleversera pas les grands équilibres de l?économie algérienne », témoigne un ancien collaborateur.

Cet Algérois de 54 ans a passé l?essentiel de sa carrière dans le secteur public financier depuis 1991. Diplômé de l?École nationale d?administration, option économie et finances, et titulaire de plusieurs diplômes dans cette spécialité, Aïmen Benabderrahmane a entamé sa carrière professionnelle en 1991 à l?Inspection générale des finances, où il finira, en 2001 directeur adjoint du contrôle. Il quittera ce poste en 2010 pour la Banque d?Algérie (banque centrale) comme chef de division censeur de la Banque d?Algérie de 2010 à 2019, puis gouverneur de cette institution de novembre 2019 à juin 2020. Il est nommé ministre des Finances en juin 2020 dans le gouvernement de son prédécesseur Abdelaziz Djerad.

Déficit, chute du dinar : la difficile conjoncture

« Aïmen Benabderrahmane s?était distingué à son poste de ministre des Finances en multipliant les promesses de régler la crise de liquidités qui a sévi en Algérie depuis plusieurs mois, sans les concrétiser », rappelle le journal électronique TSA. Le même média évoque aussi les déclarations de l?ex-grand argentier affirmant que « contrairement à ce qu?avancent certains, affirmant qu?elle est en cours d?effondrement, la monnaie nationale est en cours de redressement », soutenant que le dinar « deviendra encore plus fort » à la fin de l?année 2021. Or, comme le souligne TSA « la loi de finances complémentaires (LFC) 2021 prévoit plutôt la poursuite de la dégringolade du dinar face au dollar, avec un taux moyen de 142,2 dinars pour un dollar. Le 21 juin, le dollar américain a enregistré un nouveau record historique en valeur face à la monnaie nationale sur le marché interbancaire des changes, s?échangeant à 134,59 dinars algériens ».

L?autre aspect dans la gestion des finances relevé par TSA est cette décision de la Banque d?Algérie, publiée au Journal officiel le jour même de la prise de fonction de Benabderrahmane, pour « résorber une partie du colossal déficit du budget de l?État ». Dans le détail, la Banque d?Algérie entame un programme d?une année de refinancement grâce à des « opérations de cession temporaire d?apport de liquidités effectuées à l?initiative de la Banque d?Algérie ». D?après les sources de TSA, « il s?agit de la mise en ?uvre d?une planche à billets déguisée ». « Après avoir enterré définitivement l?article 45 bis sur la loi sur la monnaie et le crédit, relatif à la planche à billets, le gouvernement a décidé d?emprunter un autre chemin. Pour financer le déficit budgétaire, le Trésor public va racheter les crédits des banques auprès des entreprises publiques, ce qui permettra aux banques de se refinancer auprès de la Banque d?Algérie, et ensuite de racheter des bons du Trésor pour éponger le déficit public », note ce média.

Technocrate ou exécutant politique ?

Le nouveau Premier ministre aura donc à affronter une situation économique, doublée de la crise sanitaire, qui ne cesse de se détériorer depuis la chute du prix du baril du pétrole. Mais sa marge de man?uvre reste rognée par les impératifs politiques.

« L?un des dossiers les plus délicats pour lui reste la réforme de la politique des subventions pour passer des aides généralisées à des aides plus ciblées au profit des classes les plus défavorisées : comment corriger l?approche sociale, tabou politique par excellence, sans provoquer des fractures sociales ou des émeutes », explique un économiste. « Là, on ne parle plus seulement d?économie, mais de politique, et c?est le chef de l?État qui imposera le tempo », poursuit-il.

Parce qu?en définitive il s?agira bien pour Aïmen Benabderrahmane d?appliquer le programme du président Tebboune.

Le nouveau Premier ministre a déclaré, lors de la passation de consignes, qu?il veillera à « mettre en ?uvre le programme du président de la République de manière effective » : est-ce à dire que l?ex-exécutif a failli dans cette « mise à l??uvre » durant les derniers dix-huit mois ? En janvier, le président a par deux fois critiqué publiquement l?action du gouvernement Djerad.

Un programme qui ne fait pas l?unanimité

Mettre en ?uvre le programme présidentiel, c?est justement ce que refuse le Mouvement de la société pour la paix (MSP, tendance Frères musulmans). Quelques heures avant la désignation d’Aïmen Benabderrahmane, Abderrezak Makri expliquait en conférence de presse : « Le président tient à son programme, qu?une majorité présidentielle va appliquer. Nous avons proposé de créer un mécanisme concernant la question du programme du prochain gouvernement pour trouver des éléments communs entre le programme du président et celui du MSP. Mais [cette proposition] n?a pas eu de suite. »

Une majorité présidentielle en gestation

Le MSP, arrivé troisième derrière le FLN et les indépendants, dit avoir refusé de faire de la figuration au sein du nouvel exécutif, échaudé par les expériences de sa participation à plusieurs gouvernements sous Bouteflika. « La désignation d?un Premier ministre, selon la Constitution, veut dire que Tebboune a acquis une majorité présidentielle. Où est-elle ? Quand a-t-elle été formée ? » commente le journaliste Nedjib Belhimer, qui poursuit : « Le Parlement n?est pas installé et aucun parti n?a officiellement déclaré son adhésion à une coalition soutenant Tebboune, malgré quelques déclarations médiatiques éparses. » « Nous avons compris que les autres partis qui ont gagné ces législatives [FLN, RND, El Bina, en plus des indépendants] vont finalement former une majorité présidentielle », a précisé le président du MSP, confirmant une tendance lourde vers la création d?un bloc parlementaire pro-Tebboune.

Reste à voir comment se profilera l?attelage du nouvel exécutif. « Les ministères de souveraineté demeureraient entre les mains du pouvoir, à savoir les Affaires étrangères, l?Intérieur, les Finances, la Justice et sans doute aussi le porte-parolat », pronostique le site Algérie patriotique. « Le reste des postes ministériels sera partagé entre technocrates issus des administrations publiques et quelques portefeuilles non décisionnels pour les partis ayant rejoint la nouvelle majorité présidentielle », confie une source officielle.

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